(nidish.unblog.fr)
Vénus Khoury-Ghata, poète d'origine libanaise qui vient d'obtenir l'équivalent du Goncourt pour la poésie, a récemment publié Où vont
les arbres ? aux éditions Mercure de France.
Elle en parle ici, dans le cadre de "la librairie francophone"
d'Emmanuel Khérad.
C'est un livre extrêmement fort, fait de chair et de sang, d'écorces et de feuilles, qui évoque le village d'enfance de l'auteur. La famille, la guerre, la mère,
omniprésente, les arbres, compagnons des bons et mauvais jours... Une écriture majuscule...
Qu'une phalène déserte la lampe et le soir se transformait en nuit
La mère nous couchait tête-bêche avec des arbres de notre âge
Une odeur de neige et de promiscuité blanchissait le feu
alphabet muet les soubresauts des flammes sur les murs
la jupe de la mère effaçait la suie des fautes et les gesticulations de
l'orme sur notre sommeil
discussion orageuse avec le poêle lorsqu'il nous transformait en bûches
en allumettes
prenant à témoin les voisins
la mère frottait nos visages pour en diluer la couleur
nous achetait des bonbons roses des poissons rouges l'or des cafetières
maigre consolation ses chuchotements blancs sur le duvet du cou
elle se disait partie alors que c'était la route qui marchait