Colette ANDRIOT : Amour sont mes saisons (La Renarde Rouge) :
Le poète a la particularité de voir loin devant... La poète pareillement. Dans son dernier livre en date, on imagine assez bien l'amie Colette (Andriot) grimpée dans un arbre du jardin pour jouer son rôle de vigie : « …/...je guette / des images / des mots qui passent / des riens / je guette / j'attends / je vois / rien / tout.../...» C'est que le jardin, avec son petit peuple végétal et animal, est pour elle un refuge, « une base arrière », pour mieux comprendre et dire le monde comme il va (mal), le temps comme il passe (vite), la vie comme une bulle, fragile et merveilleuse à la fois...
Écrites en italique, de modestes pensées alternent avec les poèmes et balisent la partition : « Les arbres grandissent après notre mort. », « Une brève de silence. », «M'obstiner à tenir chronique / du temps et de la lumière. » Pas étonnant alors que le minuscule ver luisant ait une si grande place dans ce fraternel relevé des jours ordinaires...
*
Paroles humaines conversations
d'oiseaux
réunion au jardin
Pour éviter le trou de mémoire
garder la musique en tête
les mots sur le papier
l'ordre du jour
Partage de la lumière à l'ombre des
feuillages
les odeurs sont attentives le repas mijote
Autour de la table l'heure est à l'échange
du vin bu
des résolutions prises
On dresse le couvert
la bise se fait brise
les oiseaux approuvent
soutiennent la motion
picorent les miettes
le chat de la maison s'allonge au soleil
C'est si simple
*
Les paroles c'est le vent
trois petits souffles
et puis s'en vont
*
Colette Andriot.