Jacqueline PERSINI : Cascades et séquoias, éditions Unicité.
Impressions de voyage après une visite dans le parc de Yosemite, aux U.S.A, plus précisément à l'est de la Californie. Voici un ensemble de courts poèmes (entre 2 et 8 vers au maximum) qui, comme le titre du recueil l'annonce, s'organisent en deux parties opposées. Les cascades (du latin « cascare » = tomber) évoquent bien sûr le domaine de l'eau, la chute, la loi de la pesanteur, une flèche dirigée vers le bas. À l'inverse, les séquoias (mot hommage à Sequoyah, chef indien cherokee) symbolisent le domaine de l'air, l'élévation, l'aspiration, une flèche dirigée vers le haut.
Interrogations tous azimuts devant le spectacle sans cesse renouvelé de cet écoulement sans fin :
Dans leur voile
De mariée
Où vont-elles ?
Les cascades.
Ou encore à l'écoute de dialogues secrets :
Quelles histoires
Racontent les rocs
Pour adoucir un peu
La violence des tourbillons ?
Méditation quasi-philosophique pour appréhender la chute d'eau dans sa permanence au monde :
Dans leurs bruits de langue
Les cascades conservent
Tous les dialectes de la terre
Complice des morts et
Des étoiles qui naissent.
Prise de conscience de la place de l'homme, ridiculement minuscule, au pied de ces géants végétaux, maîtres de l'air et du temps. (Rappelons-nous que les séquoias peuvent dépasser 120 mètres de hauteur dans leur milieu naturel et que certains d'entre eux vivent plus de 3.000 ans !)
Vent, pluie, soleil
Ne les tuent pas
Ces presque humains
Remarquables
Qui font des pieds de nez
Au ciel pendant que
Passent les hommes.
Le point de convergence entre les cascades et les séquoias est sans doute à rechercher dans le même chant de la beauté. Depuis toujours, elles/ils continuent de nous parler, pourvu que, comme la poète Jacqueline Persini, nous sachions tendre l'oreille, le corps et le cœur.
Principalement gris ou sépia, les dessins de Pierre Delcourt épousent les mouvements du poème avec justesse et discrétion.