BRAISE
Embouteillage sur le périphérique et dans la région du cœur à l’approche du théâtre. Rouge et gris, le théâtre, et moulé à l’ancienne. Des gens assis en rond, à parler fort en l’attendant. Et puis le silence avant la houle qui se lève quand elle entre dans le cercle.
Et tout de suite sa voix qui vous transperce et vous embarque. Au bout du rêve, au bout du monde. Mélange d’eau et de feu, tour à tour murmure, étincelle, torrent, incendie, fleuve, brasier, tempête…Le cœur qui vrille, les yeux qui brillent.
Un oiseau de race : l’œil noir, les cheveux de jais, la patte repliée façon flamant rose ou héron à l’affût. Bienheureux les poètes qui l’ont rencontrée : son cri d’amour lance leurs chansons plein volume jusqu’à des balcons qui touchent le ciel.
La voilà qui donne encore et se donne sans calcul, qui se casse en deux et s’abandonne au plaisir de vivre. Délaissant un instant les violons, les percussions, le piano, ses musiciens l’applaudissent… Elle vient les embrasser. L’amour est contagieux. Elle sourit comme en s’excusant du bonheur partagé. La salle est debout.
Elle revient seule pour un ultime cadeau. C’est Cadou qui disait : " On ne guérit pas de son enfance. " Chacun repart affronter les embouteillages du quotidien avec un petit peu plus de braise au fond du cœur.
[ Catherine RIBEIRO aux Bouffes du Nord - février 1995 -]
