L'atelier de Groutel vient de publier "Le monde n'arrête pas de durer", port-folio de Christophe Jubien rassemblant une soixantaine de haïkus... Soulignons tout d'abord l'excellent travail de l'imprimeur-typographe Jacques Renou : comme pour chaque volume de la collection "Choisi", il a sélectionné le type de papier, les encres, les polices de caractères,les vignettes anciennes, etc. et assuré la mise en page, le pressage, le pliage et tout ce qui s'ensuit... Un nouvel écrin personnalisé.
Christophe Jubien joue les détectives : son oeil furète un peu partout, ouvert à l'infiniment petit : un nid d'oiseau bâti à la station de péage, une rose rouge qui émerge du brouillard urbain. Son oreille est attentive au pinson qui "change de couplet", aux cloches (qui) sonnent "dans le vide", au bruit du coupe-ongles, chez les voisins du dessus sans doute... Ses mains se promènent aussi : offrande de ses doigts pour le petit chien, constat du temps qui file trop vite : Mes fils ont grandi - / le gros marron restera / dans ma poche.
"Sensible à l'inattendu", "poète proche", comme l'écrit Bruno Sourdin dans son "Après-lire", Christophe est en effet notre frangin en émotion quand il évoque son père : Partout mon père - / ce matin dans l'odeur / d'un feu d'herbes // ou le reste de sa famille. Quand il partage la peine des sans-voix ou des invisibles : "une vieille femme...", les pensionnaires de la "maison de retraite"... Quand il élargit tout naturellement sa tendresse à l'animal : le chien (qui) pleurniche, le geai merveilleux ou au végétal : un pissenlit (qui) agonise..., un géranium rouge, voire aux objets les plus simples : mon bol ébréché, le sac-poubelle...
Et c'est ainsi que "le monde n'arrête pas de durer", "monde" dans lequel notre poète a toute sa place, comme le suggère ce miraculeux haïku : Mélancolie d'automne - / le tilleul permet / que je m'appuie //



