6 mai 2010
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Connaissez-vous Morgan Riet ? Non ? Il était pourtant au dernier Printemps de Durcet, comme le montre la photo ci-contre prise par Michel pendant
la séance de lecture dans l'ancienne salle du Conseil qu'on appelle encore salle Mitterrand.
C’est un poète de Bayeux (14) qui vient de faire paraître son deuxième livre : En pays disparate, aux éditions Clapàs. Une bonne
occasion pour saluer ce jeune homme qui me semble bien faire partie de la relève…
Une écriture sobre, sûre, percutante. Un humour subtil, souvent caustique. Des thèmes diversifiés, entre paysages lyriques et portraits incisifs. Des références qui
pourraient être les nôtres : Schubert, Verlaine, Rimbaud, d’autres plus générationnelles comme Curtis. Et cet art de la chute – remarquable –, souvent matérialisée par un espace,
parfois même par un placement en décalage, à droite en bas du poème proprement dit.
Un exemple ?
Vladimir I
Rassurez-vous.
Son regard froid
comme les neiges sibériennes
n’est qu’un
trompe-l’œil,
qu’une pudeur délicate
d’apparatchik.
Maïakovski m’approuve :
Bien tenus secrets, quelque part,
y couvent
un feu de bienveillance,
un élan démocrate
plus vaste qu’une steppe -
qui crèvent
les yeux
des
opposants.
Morgan RIET
(En pays disparate,
éditions Clapàs).
(On peut facilement retrouver Morgan sur son blog : http://cheminsbattus.spaces.live.com
pour lui commander son livre...)
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16 février 2010
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(Image Internet : carmen66.spaces.live.com)
A partir d'un vers de James Sacré : "Le mot rouge convient parfaitement pour tout dire.", Françoise Coulmin a collecté
67 poèmes pour en faire une anthologie qui a pour titre : Et si le rouge n'existait pas et qui vient de paraître aux éditions Le Temps des Cerises.
Je vous ai choisi ce poème :
Le rouge aimé
Gris est l'enfant qui voit la mer
Et ne peut y entrer
Grise ma douleur sur le sang des astres
Et ma mémoire au bout des songes
J'habite une île qui n'existe pas
Une terre qui n'a pas su éclore
Je vis un temps inachevé
Dans une mer de corail où la vie s'est éteinte
Ai-je encore droit au rêve
Donnez-moi vite un peu de rouge
Que j'y mette
Sans tarder
Un vol d'hibiscus.
Gary KLANG, poète
haïtien.
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4 février 2010
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(Image Internet : amazon.fr)
Yvon Le Men :
Le tour du monde en 80 poèmes
(Flammarion)
Un livre pour prendre l'air, pour changer de focale, pour élargir son champ de vision, pour réaliser que la poésie se rit des frontières et que les poètes partout nous parlent "dans une langue
inconnue, mais pas étrangère."
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15 janvier 2010
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(Image Internet : astobelarra.over-blog.com)
Vous connaissez Alphonse Daudet, bien sûr... Les lettres de mon moulin, Le petit chose, tout ça... Eh bien, en 1873, il a publié un conte fantastique
intitulé Wood's town, sans aucun doute beaucoup moins connu que La chèvre de monsieur Seguin.
Il s'agit d'une courte nouvelle dont le personnage principal est... une forêt ! Une histoire "écologique" alors même que le mot n'existait pas.
Si vous voulez la découvrir, il vous suffit de la commander aux éditions Astobelarra / Le Grand Chardon Maison Pastou 64130 Moncayolle. ( 5 euros + 2 pour les frais d'envoi.)
Trois remarques complémentaires :
1) Vous retournez le livre et vous avez la même version en langue basque... (traduction : P. Errekarte)
2) Les illustrations sont de Pierre Lahore.
3) Wood's town est suivi d'un de mes poèmes*, extrait des Peuples d'arbres.
* Oui, j'en suis très fier ! (merci, Jeno...)
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20 décembre 2009
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(Image Internet : lecturesdalexielle)
Je suis toujours en retard d'une guerre (ou deux) : ce livre de Philippe Claudel : Le rapport de Brodeck avait remporté le Goncourt des lycéens en
2007.
En cherchant un peu, vous trouverez facilement des sites qui vous donneront un résumé ou une critique de l'ouvrage.
Quant à moi, je voudrais juste vous donner deux ou trois impressions qui vous inciteront peut-être à le lire. (C'est quand même
l'objectif de cette rubrique...)
Une histoire douloureusement belle, qui prend appui sur la grande Histoire, au moment de la deuxième guerre mondiale.
Une maîtrise du récit telle que chaque chapitre est comme une pierre, celle d'un maçon qui bâtirait sa maison. Le roman se construit pas à pas, au fur et à mesure que le narrateur, Brodeck, rédige
son fameux "rapport". La progression s'effectue d'ailleurs par petites touches, avec de nombreux retours en arrière qui entretiennent le suspense et nous laissent présager le pire.
Une pudeur extrême pour dire l'indicible, à savoir les horreurs de la guerre ou les grandeurs et les faiblesses de la nature humaine. Tout est suggéré. Pas de lieu précis, pas de date. Camp de
concentration, viol, massacre, lynchage sont des réalités tangibles dans ce livre mais ce sont des mots qui ne sont pas prononcés... Confiance totale est faite à l'intelligence du lecteur.
Un rapport à la nature omniprésent et des pages qui apparaîtront, par contraste, comme "poétiques". Ainsi ce court extrait du chapitre 23 :
".../...Poupchette* hissée sur mes épaules lançait son bavardage aux nuages. Elle leur parlait comme s'ils avaient pu la comprendre. Elle leur disait de se pousser, de rentrer leurs gros
ventres, de laisser le soleil seul dans le grand ciel. L'air descendu des montagnes donnait à ses joues une roseur toute fraîche.
Je tenais la main d'Emélia.** .../...Ses yeux semblaient être des papillons, des merveilles mobiles allant çà et là sans raison profonde, comme entraînés par le vent, l'air transparent, mais qui ne
songeaient à rien de ce qu'ils faisaient, ni de ce qu'ils voyaient.../..."
* Poupchette est la "fille" de Brodeck.
** Emélia est sa femme, aveugle et "simple."
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2 décembre 2009
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(Images Internet : gauche, mollat.com
droite : chapitre.com)
Entre l'image de droite (première publication aux éditions de l'Arbre en1982 et 1984 ) et celle de gauche (couverture de l'édition actuelle, parue en 2006 -L'idée
bleue / Le farfadet bleu-), s'intercale une édition "maison", c'est-à-dire Au pied de la lettre, en 2000.
La hulotte n'a pas d'culotte de Jean Féron*, est, - le titre le laisse pressentir -, un livre
jubilatoire dans lequel le cocasse le dispute au désopilant. On rit ou on sourit pratiquement à chaque page...
Dans une sorte de bestiaire familier et universel, on s'amuse avec les mots, les sons et les rimes jusqu'à plus soif comme dans "Hippopotamuses", "La pie" ou
encore
"Le dindon" :
"Allons donc
s'indigne le dindon
voilà encore le père Noël
qui se radine !
- Il va falloir
se le farcir pour dîner
dit la dinde"
Ce qui n'empêche pas les remarques tendres ou malicieuses, comme dans "Le lièvre" ou "Le coucou".
Les illustrations de Maud Legrand sont très originales : faites de plumes et de broderies, elles correspondent bien à la recommandation de la 4ème de couverture : "Pour lecteurs à partir
de 5 ans et jusqu'à plus que centenaires."
* Jean Féron nous a quittés en juin dernier.
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29 septembre 2009
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Je viens de lire un roman - Enclave, de Philippe Carrèse, éditions Plon - qui m'a bien plu et que je vous recommande chaudement. Un livre terrible, cruel et puissant. Le genre de
bouquin qui vous "prend aux tripes" et que vous ne lâchez plus avant de l'avoir fini...
Frédéric Legrand, sur 20minutes.fr en fait un assez bon résumé que voici :
Une « République » peuplée de prisonniers
L'avènement d'un tyran, alors même que le peuple vient de retrouver sa liberté.
Dans son nouveau roman Enclave, Philippe Carrese poursuit le chemin qu'il avait déjà tracé dans ses scénarii pour la télévision : des fables universelles sur la condition humaine, au travers
de destins ballottés par l'Histoire. L'artiste multicarte marseillais (écrivain, réalisateur, musicien) nous entraîne cette fois vers les Carpates, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Tapi dans une forêt profonde, coupé du monde par la montagne, le camp de travail de Medvedi se réveille un matin, sans gardiens. Les nazis ont fui l'avance soviétique, minant tous les ponts,
isolant totalement leur centaine de prisonniers de cette guerre finissante. Les hommes, employés pour fabriquer des cercueils destinés au front de l'Est, les femmes, chargées de distraire les
officiers SS et d'élever des « enfants aryens » kidnappés dans les territoires occupés, se retrouvent livrés à eux-mêmes. Mathias, un des jeunes garçons du camp, consigne sur des cahiers la lente
gestation de la « république démocratique de Medved », dominée par Dankso, le cuistot. D'abord chef par nécessité, l'ex-prisonnier succombe peu à peu à l'ivresse du pouvoir, jusqu'à dépasser en
atrocités ses anciens geôliers. Exploitant jalousies entre classes sociales, tensions raciales et sexuelles au sein du camp, Dankso crée un mélange entre royaume féodal et dictature totalitaire,
hanté par la présence fantomatique des nazis, restés dans le camp par le biais de leurs chats. En un roman qui se lit d'une traite, Carrese nous interroge sur le despotisme. Et, surtout, sur la
responsabilité des hommes libres qui, par lâcheté, méconnaissance ou épuisement, le laissent prospérer.
Frédéric Legrand
Lire aussi une interview de Philippe Carrèse à propos d'Enclave sur bibliosurf.com
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23 septembre 2009
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(Images Internet : à gauche, plug59.free.fr
à droite, renaud-bray.com)
Voici un tout petit livre très réjouissant,
Vie et opinions philosophiques d'un chat,
d'Hippolyte Taine, éditions Rivages Poche.
(L'édition originale était illustrée par des dessins de Gustave Doré.)
A travers les yeux du narrateur, un très jeune chat élevé dans une ferme, l'auteur en profite pour "philosopher". Les pensées de l'animal, souvent pragmatiques et terriblement cruelles, succèdent à
des événements de la vie rurale tout à fait "ordinaires". L'occasion de réflexions sur le pouvoir, la relativité, la morale, la vie, quoi...
"J'ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure."
(N.B. : ce petit article est dédié à monsieur Apache qu'on doit retrouver sur ce blog :
http://schmilblick.over-blog.fr).
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7 septembre 2009
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(Image Internet : impulsions.org)
Vénus Khoury-Ghata, écrivain(e) d'origine libanaise, vit en France depuis déjà longtemps.
Son oeuvre littéraire, très abondante, couronnée par de nombreux prix et traduite en une douzaine de langues, se partage entre nouvelles, roman et poésie.
Voyage du cerisier est un modeste recueil de poésie, paru en 2003 chez Contre-allées (73 avenue du Président Auriol 03100 Montluçon).
Des poèmes terriblement beaux et douloureux à la fois.
Le soleil était épineux lorsque la mère planta l'enfant dans la terre de retour chez elle
elle démantela la maison
lava les murs dans le fleuve comme elle le fait du linge
les sept cailloux lancés contre le ciel lui revinrent enrobés de leur bruit
Un caillou sur la langue du vent médisant
quatre cailloux pour fixer le toit de la réserve
appuyé sur sa bêche
le jardinier est aussi seul que l'arbre qui le regarde
En illustration sonore (si ça marche !), un poème de Vénus, Les hommes et les cigognes, chanté par Gérard Pitiot dans l'album Vues
d'ailleurs pour mots d'ici.
Published by Jean-Claude Touzeil
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1 septembre 2009
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(Image Internet : static.blogstorage.hi-pi.com)
Aïe ! Coups est un tout petit livre par son format, mais terriblement grand par son contenu et par l'émotion
dont il est chargé.
Songez qu'il prolonge la parole de son auteur, Nicolas Guillemet, qui n'est plus de ce monde... Ce "bijou" est dû au travail remarquable de Jacques Renou, imprimeur-éditeur qui dirige
l'atelier de Groutel*, situé aux confins de l'Orne et de la Sarthe.
(*cf. commentaire n° 3 : Adresse à noter : Atelier de Groutel (Jacques Renou)
25 Groutel 72610 Champfleur)
Travail de fourmi, de Romain, de fourmi romaine, à savoir que chaque page requiert un soin particulier, pour ne pas dire chaque lettre ou chaque cul-de-lampe... "Impression typographique à
caractères mobiles sur des matériels anciens", nous dit le descriptif.
Tout cela dit, Aïe ! Coups rassemble 44 haïkus "tranquilles", comme autant de moments pour arrêter le temps, à déguster sans modération...
En voici un ou deux :
C'est la sagesse du rosier
que d'offrir ses fleurs
aux douceurs du vent
***
Le jeu d'ici-bas
sept étoiles au nord-ouest
casserole sans fond
Published by Jean-Claude Touzeil
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