(Image Internet : lecturesdalexielle)Je suis toujours en retard d'une guerre (ou deux) : ce livre de Philippe Claudel : Le rapport de Brodeck avait remporté le Goncourt des lycéens en 2007.
En cherchant un peu, vous trouverez facilement des sites qui vous donneront un résumé ou une critique de l'ouvrage.
Quant à moi, je voudrais juste vous donner deux ou trois impressions qui vous inciteront peut-être à le lire. (C'est quand même l'objectif de cette rubrique...)
Une histoire douloureusement belle, qui prend appui sur la grande Histoire, au moment de la deuxième guerre mondiale.
Une maîtrise du récit telle que chaque chapitre est comme une pierre, celle d'un maçon qui bâtirait sa maison. Le roman se construit pas à pas, au fur et à mesure que le narrateur, Brodeck, rédige son fameux "rapport". La progression s'effectue d'ailleurs par petites touches, avec de nombreux retours en arrière qui entretiennent le suspense et nous laissent présager le pire.
Une pudeur extrême pour dire l'indicible, à savoir les horreurs de la guerre ou les grandeurs et les faiblesses de la nature humaine. Tout est suggéré. Pas de lieu précis, pas de date. Camp de concentration, viol, massacre, lynchage sont des réalités tangibles dans ce livre mais ce sont des mots qui ne sont pas prononcés... Confiance totale est faite à l'intelligence du lecteur.
Un rapport à la nature omniprésent et des pages qui apparaîtront, par contraste, comme "poétiques". Ainsi ce court extrait du chapitre 23 :
".../...Poupchette* hissée sur mes épaules lançait son bavardage aux nuages. Elle leur parlait comme s'ils avaient pu la comprendre. Elle leur disait de se pousser, de rentrer leurs gros ventres, de laisser le soleil seul dans le grand ciel. L'air descendu des montagnes donnait à ses joues une roseur toute fraîche.
Je tenais la main d'Emélia.** .../...Ses yeux semblaient être des papillons, des merveilles mobiles allant çà et là sans raison profonde, comme entraînés par le vent, l'air transparent, mais qui ne songeaient à rien de ce qu'ils faisaient, ni de ce qu'ils voyaient.../..."
* Poupchette est la "fille" de Brodeck.
** Emélia est sa femme, aveugle et "simple."
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